La chute du dollar canadien soulève le problème de longue date des coûts des revues

OTTAWA, le 3 février, 2016 – Les bibliothèques de recherche dans l’ensemble du pays connaissent de graves contraintes budgétaires en raison de l’affaiblissement du dollar canadien et des coûts extraordinairement élevés des revues savantes internationales.

Contexte

Les bibliothèques universitaires s’efforcent de fournir aux professeurs, aux scientifiques et aux étudiants des universités un vaste accès à l’information savante internationale, reconnaissant que la recherche publiée est le point de départ incontournable qui inspire la nouvelle recherche, et vient ensuite engendrer de nouvelles connaissances qui permettent de faire avancer la science, la culture et la société. Une bonne part de la recherche mondiale est présentée dans des articles publiés dans des revues dont la plupart se consultent en ligne par voie d’abonnement.

Une bibliothèque de recherche typique s’abonne à des dizaines de milliers de revues. Les revues diffusées par abonnement sont de plus en plus détenues par un petit nombre d’éditeurs internationaux, et sont habituellement vendues aux bibliothèques sous forme de titres groupés (de la même façon que les forfaits de chaînes télé sur le câble). Il est parfois possible d’acheter des abonnements individuels aux revues, mais même en  s’abonnant qu’à quelques revues d’une collection les économies sont souvent négligeables.

Ce ne sont pas toutes les revues qui exigent des abonnements : les revues à libre accès (LA) fonctionnent selon un modèle d’affaires différent et comptent sur d’autres moyens de soutien financier. À l’heure actuelle, près de 34 550 revues savantes examinées par les pairs sont publiées à l’échelle mondiale et environ 30 % d’entre elles sont à libre accès; cependant, elles n’offrent qu’environ 12 % des articles examinés par les pairs qui sont publiés.

Coûts des revues

Les abonnements aux revues coûtent très cher. En 2011, les 29 bibliothèques de recherche universitaires membres de l’ABRC ont déboursé collectivement 167 289 860 dollars canadiens pour des abonnements à du contenu électronique (des revues en bonne partie). En 2014, ces dépenses ont atteint 215 224 792 dollars canadiens. Plus de 90 % de ces abonnements sont payés en devises étrangères. Cette année, en raison des prix à la hausse, de la baisse du dollar et du pouvoir d’achat conséquemment réduit des bibliothèques, ces mêmes abonnements coûteront probablement plus de 260 millions de dollars.

Aux prises avec des déficits budgétaires projetés, les bibliothèques universitaires consultent leurs chercheurs afin de tenter de réduire leurs frais d’abonnement et de contrebalancer leur pouvoir d’achat réduit. Trois options s’offrent à elles : l’annulation des abonnements groupés en faveur de l’achat d’accès à la pièce à des revues de grande qualité (bien qu’il ne s’agisse peut‑être pas là d’une stratégie rentable pour de nombreuses bibliothèques), l’annulation d’abonnements ou de titres groupés et l’obtention d’articles sur demande auprès de dépôts à libre accès, d’autres bibliothèques ou de fournisseurs ou l’accès à des revues par le truchement d’ensembles constitués par des agrégateurs qui ne comprennent habituellement pas les douze numéros les plus récents des revues.

Bref, il y a une parfaite tempête de facteurs en jeu, à savoir :

  • de 90 à 95 % des abonnements à des revues sont payés en devises étrangères, ce qui engendre d’énormes déficits quand le dollar canadien est faible;
  • les budgets des bibliothèques de recherche sont stables ou à la baisse;
  • les abonnements sont surtout vendus sous forme de titres groupés dans lesquels une fraction du forfait est constitué de grandes revues;
  • les titres groupés exigent souvent un engagement pluriannuel, laissant ainsi aux bibliothèques très peu de contrôle pour remanier leurs budgets en temps de crise;
  • les professeurs des universités doivent avoir accès à la recherche de pointe afin de participer pleinement au cycle de la recherche;
  • quelques éditeurs internationaux détiennent une portion de plus en plus importante du marché des revues et exigent des prix exagérés.

Le cœur du problème : le gonflement des prix des revues

S’il est vrai que la chute du dollar a peut-être précipité la crise actuelle, les budgets des bibliothèques sont sous contraintes depuis un certain temps. Les coûts des revues ont augmenté de façon soutenue au cours des dernières années. EBSCO, l’un des plus grands distributeurs de l’industrie des abonnements aux revues, signale qu’entre 2011 et 2015, les prix des périodiques universitaires ont augmenté de 5 à 7 % par année, soit quelque 25 % au cours de cette période de quatre ans. Les bibliothèques académiques du Canada s’en sont un peu mieux sorties grâce aux consortiums nationaux et régionaux, qui ont su atténuer ces augmentations de l’ordre de 3 à 5 % par année. L’augmentation projetée de cette année est conforme à celles des dernières années, mais additionnée au taux de change, elle pourrait représenter une augmentation de 20 % des coûts ou plus – en une année – pour les établissements canadiens.

De récents travaux de recherche montrent que les prix des revues sont beaucoup plus élevés que le coût réel de leur publication. Les cinq principaux éditeurs, qui contrôlent plus de 50 % du marché, et plus de 70 % dans certaines disciplines, enregistrent une marge bénéficiaire de l’ordre de 28 à 38,9 % dans leurs divisions des revues savantes, ce qui les rapproche étroitement du chef de file de l’industrie pharmaceutique, Pfizer (42 %) et leur permet de dépasser largement des géants comme Disney (14 %) ou Toyota (7 %). Par ailleurs, les chercheurs constatent que les frais de publication en accès libre constituent des frais nettement inférieurs pour la publication de travaux de recherche. Il devient de plus en plus clair que le système de publication par abonnement est tout simplement insoutenable.

De nouveaux modèles pour la diffusion de l’information savante, y compris le libre accès, s’imposent. Sans un investissement dans des moyens de rechange pour la communication de l’information savante, les contributions à la science et à la recherche du Canada risquent d’être sérieusement entravées par la perte d’accès à la recherche qui résultera de la disparition à grande échelle de revues dans les établissements d’enseignement canadiens.

« La situation constitue un problème auquel toutes les universités canadiennes doivent s’attaquer, » de dire Martha Whitehead, présidente de l’ABRC ainsi que vice‑provost et bibliothécaire à la Queen’s University. « Nous tenons à offrir à nos scientifiques les grandes revues internationales, mais nous nous devons également de signaler aux éditeurs qu’il y a des limites quant aux fonds publics que les bibliothèques de recherche – le principal marché pour de telles revues – sont prêtes et en mesure de dépenser », ajoute‑t‑elle.

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Les membres de l’Association des bibliothèques de recherche du Canada (ABRC) comprennent les vingt-neuf plus grandes bibliothèques universitaires du Canada ainsi que Bibliothèque et Archives Canada et Gestion du savoir du Conseil national de recherches du Canada (CNRC). L’amélioration de la recherche et de l’enseignement supérieur sont au cœur de la mission de l’ABRC. Celle-ci favorise l’efficacité et la pérennité de la communication savante, ainsi que les politiques publiques qui permettent l’accès le plus large possible à l’information savante.

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec

Susan Haigh, directrice générale
Susan.haigh@carl-abrc.ca
613-482-9344. p.101