Accès équitable et abordable aux matériels de cours numériques pour les étudiants universitaires : enjeux et solutions

Bibliothèques et accès équitable aux matériels de cours

Un accès équitable à des ressources éducatives de haute qualité est essentiel pour la réussite scolaire des étudiants. Le coût des manuels et des autres matériels de cours peut présenter des obstacles financiers considérables pour les étudiants.[1] Puisque les manuels de cours peuvent coûter entre 800 et 1 000 $ par année aux étudiants, certains sont obligés de choisir entre leurs dépenses essentielles de la vie courante et leur éducation.[2]

Les bibliothèques universitaires égalisent en partie les règles du jeu en fournissant les ressources d’information dont les étudiants ont besoin pour soutenir leur apprentissage et leur réussite scolaire. Les bibliothèques donnent accès à un large éventail de matériel de cours grâce à des collections de réserve imprimées et électroniques, des collections de manuels de cours imprimés, des lectures de cours numériques personnalisées, des livres électroniques et imprimés et des ressources éducatives libres (REL).

Les bibliothèques et le marché des manuels et livres électroniques

Au Canada, l’éducation et la recherche sont subventionnées publiquement ; par conséquent, le marché du matériel éducatif devrait être fondé sur un accès juste et équitable. À cet égard, les bibliothèques se heurtent aux obstacles suivants :

  • Pour la majorité des manuels de cours obligatoires, les éditeurs n’autorisent pas les bibliothèques à acheter des éditions électroniques. L’Université de Guelph a constaté qu’environ 85 % des manuels assignés ne peuvent être acquis par la bibliothèque que sous forme physique.[3]
  • Les éditeurs proposent de plus en plus souvent des titres uniquement par le biais de modèles d’accès très restreints visant à tirer le maximum d’argent des étudiants. Les livres électroniques sont loués aux étudiants, leur accès étant limité à la session à laquelle ils sont inscrits au cours. Les bibliothèques n’ont pas la possibilité d’acheter ces livres électroniques ou bien les prix proposés sont de l’ordre de dizaines de milliers de dollars pour l’accès limité à un utilisateur ou un nombre restreint d’utilisateurs à la fois. Par exemple, un manuel imprimé nécessaire pour un cours de psychologie de 3e année coûte 200 $ canadiens, alors que la version électronique est proposée à 1 500 $ canadiens pour un accès d’un an seulement, avec une limite de 3 utilisateurs. Les éditeurs ajoutent souvent des frais supplémentaires récurrents pour l’accès à la plateforme, tout en facturant un coût par titre, devant être payés annuellement pour conserver l’accès.
  • De nombreux livres électroniques ne sont accessibles aux bibliothèques que sous forme de lot dont le coût est souvent prohibitif, se chiffrant en dizaines de milliers de dollars. Il n’est pas justifiable de payer un lot entier de livres électroniques lorsqu’un seul titre est nécessaire pour les étudiants.
  • Les éditeurs protègent souvent les livres électroniques sur des plateformes qui utilisent la gestion des droits numériques (GDN) pour contrôler le nombre d’utilisateurs et empêcher les activités normales de lecture en ligne (comme le téléchargement ou l’impression). Les limites compliquent l’utilisation raisonnable, surtout lorsque les textes sont utilisés pour l’enseignement et par des étudiants qui étudient dans des endroits différents avec divers moyens de connexion.
  • Les manuels et les livres électroniques de base qui ont été mis à la disposition des bibliothèques dans le passé peuvent disparaître des listes d’éditeurs sans préavis ; ainsi, les enseignants et les bibliothécaires ne savent pas forcément quand un livre utilisé dans un cours n’est plus disponible.

Solutions

Pour mieux soutenir la réussite scolaire des étudiants et leur offrir un accès équitable, les bibliothèques s’efforcent de surmonter ces difficultés par divers moyens. Parmi ces efforts, il y a notamment le travail avec les enseignants pour identifier des matériels de cours alternatifs à travers les collections existantes des bibliothèques, le travail avec les enseignants, les éditeurs et les fournisseurs pour identifier des matériels de cours alternatifs assortis d’un meilleur accès et de modèles de prix plus avantageux, ainsi que la promotion et l’augmentation du soutien à la création, l’adoption et l’utilisation de ressources éducatives libres (REL) de haute qualité permettant la réutilisation et la modification par les enseignants.[4]

Le travail n’est pas fini. L’apprentissage en ligne nécessite des modèles d’accès numérique qui favorisent un environnement accessible, abordable et inclusif pour les étudiants. Voici certaines des mesures que nous approuvons :

  • Permettre la vente de tous les manuels et livres électroniques publiés aux bibliothèques selon un modèle de licence qui permet l’accès à un coût qui reflète équitablement le contenu et l’utilisation.
  • Rendre le prix et la disponibilité des manuels et livres électroniques stables et transparents.
  • Offrir des options de licence permettant un accès raisonnable et équitable au contenu éducatif sans l’utilisation de GDN.

Conclusion

Le passage accéléré à l’apprentissage en ligne pour des centaines de milliers d’étudiants de cycles supérieurs en raison de la COVID-19 a rendu encore plus urgente la nécessité de résoudre des problèmes d’accès persistants pour les étudiants. Les bibliothèques veulent s’assurer que tous les étudiants, quels que soient leur lieu de résidence, leur discipline et leurs moyens financiers, ont accès aux ressources éducatives dont ils ont besoin pour obtenir leur diplôme.[5] Nous serions heureux de pouvoir travailler avec tous les autres acteurs impliqués dans l’édition universitaire afin de développer des solutions qui serviront mieux notre communauté partagée d’utilisateurs.

À propos de l’ABRC

L’ABRC est la voie des bibliothèques de recherche canadiennes. Elle est composée des 29 plus grandes bibliothèques universitaires et de deux établissements fédéraux. L’ABRC améliore leur contribution à la recherche et à l’enseignement supérieur ; elle favorise l’efficacité et la pérennité de la création, de la diffusion et de la préservation de connaissances ; elle défend la mise en œuvre de politiques publiques garantissant un accès élargi à l’information savante. Les deux établissements fédéraux membres de l’ABRC contribuent aux activités de recherche du Canada et collaborent aux efforts coordonnés de la communauté des bibliothèques universitaires sans toutefois participer aux interventions de promotion de l’ABRC auprès du gouvernement fédéral.

Remerciements

L’ABRC souhaite remercier Meg Ecclestone, Heather Martin et Ali Versluis de l’Université de Guelph de leurs contributions au présent communiqué.

[1] Educational Materials Beyond Textbooks: Learning in the 21st Century, janvier 2019, CASA-ACAE https://bit.ly/36smjqh 

[2]  “Budget pour la vie étudiante” Agence de la consommation en matière financière du Canada. https://bit.ly/36tviYq et Fixing The Broken Textbook Market, 2nd ed., juin 2020, https://bit.ly/3kqxYL6

[3] Commercial Textbooks Present Challenges in a Virtual Environment: https://bit.ly/2GTqWRt

[4] Place aux ressources éducatives libres https://bit.ly/3nv5zWz

[5] Déclaration de l’ABRC sur un accès équitable optimal aux resources éducatives en milieu postsecondaire pendant la COVID-19 https://bit.ly/3niGluh